Edito 
 
 
 
 

Nantua

 

 

« Pas de revenus fixes ! »

Une année avec sainte Jeanne Jugan (1792-1879)

Au début de 1856, la vie de Jeanne changea de cadre : elle accompagna le groupe des novices et des postulantes qui vint occuper, avec la maison-mère, un vaste domaine acquis à trente-cinq kilomètres de Rennes : La Tour Saint-Joseph en Saint Pern. Elle y poursuivit son existence cachée et ses humbles tâches. On la tenait à l’écart de toute responsabilité, de tout honneur. Elle faisait nominalement partie du conseil général de la congrégation, mais jamais on ne l’y appelait. Et pourtant, un jour, une seule fois, on l’invita à participer à une délibération. Elle y vint. Il s’agissait d’un problème grave pour la vie de l’institut.

Depuis les débuts, l’idéal des Petites Sœurs des Pauvres était de vivre pauvrement avec les pauvres gens, en ne dépendant que de la générosité des bienfaiteurs, c’est-à-dire de la quête. C’était un chemin de confiance totale en Dieu, vécue au jour le jour. Jeanne en avait donné l’exemple. Il se trouve qu’au fil des temps, et du fait de la notoriété de l’œuvre, la congrégation se voyait offrir des legs de plus en plus nombreux. La tentation était grande de convertir ces legs en une source de revenus fixes. A vue humaine, c’était sécurité assurée, celle des maisons et de leurs hôtes.

Fallait-il s’engager sur cette voie ? En 1865, la question se posa à propos d’un legs important. Le comte de Bertou, un ami, qui aidait les Petites Sœurs dans la gestion financière de leurs maisons, les mit clairement devant leurs responsabilités. Elles devaient choisir : ou bien la voie humaine de la sécurité, celles des revenus fixes, ou bien la voie de la quête, c’est-à-dire de la confiance totale en Dieu vécue au jour le jour. Dans ce dernier cas, les legs devaient être considérés comme de simples dons.

Les Petites Sœurs hésitaient entre les deux voies. Conscientes de la gravité de l’enjeu et en désespoir de cause, elles se tournèrent vers Jeanne. On se souvint de la petite sœur de l’ombre, la première des Petites Sœurs. Ce recours à Jeanne, en cette circonstance, était une reconnaissance implicite de son charisme fondateur. Loin de triompher, Jeanne fut toute surprise et confuse de se voir convoquer au « conseil » : « Je ne suis qu’une pauvre ignorante, déclare-t-elle. Que puis-je dire ? » Maintenant qu’elle avait tout remis entre les mains de Dieu, elle estimait qu’elle n’avait plus rien à dire. Devant l’insistance des sœurs, elle obéit et vint au « conseil ».

Elle donna son avis. Pour elle, aucune hésitation. La voie était toute tracée. C’était celle de la confiance en Dieu. Il fallait renoncer à tout revenu fixe. L’avis de Jeanne prévalut. La congrégation s’engageait à ne posséder aucune rente. En bas de l’acte officiel, signé par les membres du « conseil », Jeanne apposa, elle aussi sa signature, l’unique écrit que nous ayons d’elle. Nous sommes le 19 juin 1865. La circulaire envoyée aux maisons précisait : « La congrégation ne pourra posséder aucune rente, aucun revenu fixe perpétuel » et, de plus, « nous refuserons tout legs ou don consistant en rentes ou grevé de fondation de lits ou de messes ou même de toute autre obligation qui demanderait la perpétuité ».

La séance terminée, Jeanne reprit le chemin de l’ombre ; elle regagna sa place parmi les novices, se replongeant dans le silence et l’oubli. Un peu plus tard, nous voyons Jeanne inviter les jeunes sœurs à prier « pour qu’on ne cède pas aux instances de ceux qui voudraient nous donner des rentes ».

On voit ainsi qu’elle veillait, dans la prière, sur cette congrégation qu’elle avait fait naître et sur le choix de pauvreté qui livrait à l’amour du Père des Cieux.


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