IMPREVISIBLE ESPRIT

Est imprévisible ce qui survient dans notre vie, dans le déroulement des évènements d’une journée alors qu nous n’avions pas la moindre idée et le moindre désir de ce qui survient. Est imprévisible ce qui se réalise de manière inattendue, déroutante alors qu’à vues humaines nous avions déclaré impossible et parfaitement inimaginable ce qui se réalise effectivement. Est imprévisible ce que nous avions peut-être souhaité, désiré, demandé à Dieu avec confiance et insistance et qui dépasse amplement, de manière extraordinaire, ce que nous attendions.

On pourrait continuer. Chacun de nous a certainement fait l’expérience de l’imprévisible. Une expérience qui remplit de joie et dilate le désir de vivre, de croire, d’espérer, d’aimer.

Les lectures bibliques de ce 4ème dimanche de carême nous présentent des situations marquées par l’imprévisible. Alors que le peuple juif paraît s’enfoncer dans ses pratiques sacrilèges, ses infidélités à l’égard de Dieu, alors qu’il méprise les avertissements des prophètes messagers de Dieu et qu’il se voit tourné en dérision par ses oppresseurs, voici que Dieu va choisir parmi ces oppresseurs l’homme païen, Cyrus, roi de Perse, pour lui confier la restauration du temple de Jérusalem et le prochain retour du peuple en Palestine.

Le texte dit clairement « Le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse ». L’Inspiration, inspirer, des mots qui renvoient au SOUFFLE, au « SPIRITUS », l’ESPRIT CREATEUR. Certains pourraient parler de hasard. Pour le croyant le hasard n’a pas de signification. Pour le croyant « toute chose fait partie d’une harmonie et d’un ordre issus de l’Esprit Créateur ». ‘Raneiro Cantalamessa, « Viens Esprit Créateur » p.39)

Mettre de l’ordre et de l’harmonie est une tentation de l’homme. Sa méthode est l’utilisation de la force et c’est bien souvent le chaos qui en résulte. L’Esprit Saint intervient plutôt à partir du chaos pour aller vers l’harmonie et l’unité. C’est vrai de l’origine du monde, de l’histoire du salut, de l’Eglise. C’est vrai aussi du « petit monde » que chacun de nous représente. Il intervient dans le chaos de notre vie de créature blessée pour en faire une création nouvelle. Le Père Cantalamessa n’hésite pas à écrire : « A ceux qui ont des problèmes avec leur inconscient (et qui n’en a pas ?) on ne peut donner de meilleur conseil que celui de nourrir une dévotion particulière à l’Esprit Saint et de l’invoquer souvent en sa qualité de créateur. Il est le meilleur psychanalyste et le meilleur psychiatre du monde. La dévotion à l’Esprit Saint n’implique pas nécessairement de se passer des aides humaines, mais il les complète et les dépasse sans nul doute ».

Lorsqu’on a dit tout cela, on a l’impression de n’avoir rien dit. Mais l’important ne consistera jamais à expliquer l’Esprit créateur. Le plus important est d’en faire l’expérience, de se livrer à l’emprise de cet imprévisible Esprit.

Père René LAVAUR