C - MISSIONNAIRES DE L’AIN AUX XIX° ET XX° SIECLE : Les Missions étrangères de Paris - 1

Parmi les missionnaires mep originaires du diocèse de Belley, nous évoquons ici la remarquable figure du Père Marmand. Le 1° août 2007, l’archevêque de Nagasaki, avec des chrétiens japonais et des missionnairs mep - dont le P. Julien Gayard, décédé depuis lors - a célébré l’Eucharistie à Simandre-sur-Suran, lieu de naissance du Père Marmand. Ce groupe effectuait un pèlerinage en France aux lieux-sources de la mission au Japon et en Extreême Orient.

Joseph-Ferdinand Marmand naquit à Simandre-sur-Suran, dans le diocèse de Belley, le 26 mars 1849. Baptisé quelques jours après sa naissance, Ferdinand reçut au foyer familial une éducation profondément chrétienne. Enfant espiègle, il se distinguait cependant par un grand fond de sérieux et de piété. Il entra au Petit Séminaire de Meximieux où il fit ses études secondaires sous la direction de l’abbé Robelin, prêtre zélé qui donna au diocèse de Belley et aux Missions un grand nombre d’apôtres. Ses études secondaires terminées, Ferdinant fit un stage d’un an chez un médecin ami de sa famille. Les connaissances qu’il y acquit permirent plus tard au missionnaire de soulager ses chrétiens dans leurs maladies. La guerre franco-allemande l’arracha à ses études. Ferdinant, qui avait été exempté du service militaire comme élève ecclésiastique, s’engagea dans les Mobiles de l’Ain. Ses camarades du bataillon l’élurent comme lieutenant. Il fut reçu, à cette époque, dans la Congrégation de Marie, le 4 décembre 1870. Revêtu de son uniforme, la main sur la garde de son épée, il fit, à haute voix, sa consécration à Marie devant ses condisciples, ajoutant ces paroles : "Puisque vous m’avez fait votre frère en Marie, j’espère que vos prières m’accompagneront au jour du danger". - De l’uniforme militaire à la soutane : Après la guerre, en 1871, il quitte l’uniforme pour revêtir la soutane, au Grand Séminaire de Brou. Il y étudie en la compagnie de son pieux cousin, Hector-Irénée Sevin, qui devait devenir cardinal-archevêque de Lyon. Le 19 décembre 1874, il était ordonné sous-diacre et le 22 mai suivant, il recevait le diaconat. Depuis longtemps déjà, il pensait aux Missions. Approuvé par son directeur et avec l’autorisation de l’Evêque de Belley, Mgr Richard, il est admis au Séminaire des Missions Etrangères, le 14 septembre 1875. Il partit sans rien dire, craignant de ne pouvoir résister aux pleurs et aux objections de son père devenu veuf, et il arrivait rue du Bac à Paris, muni seulement d’un sac de voyage. Son père, froissé de ce brusque départ, s’en prit à tous ceux qu’il soupçonnait d’avoir "ensorcelé" son fils, et tout d’abord au curé de Simandre, qui n’y était pour rien. Il ne répondait pas, non plus, aux lettres de Ferdinand. Il fallut l’intervention du curé de Simandre et de son cousin Hector, en même temps qu’un pèlerinage à Notre-Dame des Victoires, pour otenir le consentement apaisé de son père. - Le zèle pour les missions : Pendant l’année réglementaire qu’il passa au Séminaire des mep, les amis de Belley lui faisaient part de ce qui se passait à Belley. Il fut particulièrement heureux d’apprendre l’ordination de son cousin Hector qui, quelques semaines après, au début des vacances, venait le visiter à Paris. Il reçut lui-même, le 23 septembre 1876, l’ordination sacerdotale des mains de Mgr Richard - alors coadjuteur de l’Archevêque de Paris - son ancien évêque, qui lui avait conféré les ordres précédents. A cette occasion, M. Robelin lui écrivait : "Vivent les Missionnaires ! Mon voeu le plus cher est qu’il y ait toujours un chaînon de missionnaires du diocèse de Belley au Séminaire des Missions-Etrangères ! C’est le moyen d’attirer les bénédictions du Seigneur sur le diocèse. Vous serez, je l’espère, suivi par d’autres. J’ose vous demander d’être informé de votre départ pour votre mission. Les élèves seront ici ; ce sera une belle occasion, en les faisant prier pour vous, de leur parler un peu du zèle de la gloire de DIeu et de la Propagation de la Foi". - Départ pour le Japon : Il partit pour le Japon le lendemain de la Toussaint, en compagnie de MM Bourelle et Corre, et à peine arrivé dans sa nouvelle patrie, il se met à se japoniser, se livrant d’abord à l’étude de la langue et s’initiant aux us et coutumes du pays. Il se donne de si grand coeur à ce travail que souvent, d’outre-mer, on lui reproche de ne pas user assez fréquemment de la poste. Que de fois neveux et nicèes rediront : "Cher oncle, puisque nous n’avons pas le plaisir de vous voir, accordez-nous celui de nous dire... pour l’amour de Dieu une lettre !" A Meximieux on s’arrachait les rares missives : "Quelle joie m’a procurée votre lettre ! Et à nos jeunes gens ! Entendez les conversations sur les terrasses : il fallait aller au Japon pour avoir une paroisse d’un million de païens !" - "Il vous faudrait bien un vicaire", lui écrit à son tour le bon M. Robelin ! - Exccllente mémoire et tempérament pondéré : Le missionnaire possédait une excellente mémoire. Aussi fit-il, dès le début, des progrès très rapides dans l’étude de la langue, qu’il parvint, plus tard, à posséder supérieurement, bien mieux qu’il ne le laissait paraître. Il ne se préoccupait que d’une chose, de la tâche qu’il avait à accomplir. Son courage et sa ténacité finissaient par avoir raison des difficultés. Son tempérament très pondéré le servait en cela merveillement. Son Evêque l’envoie-t-il aux Goto, aux Iles de l’Entrée, à Oshima, à Kuroshima, jamais il ne se lamente sur les difficultés spéciales à chacun de ces districts. Partout il regarde ces difficultés en face, se met à l’oeuvre sans s’émouvoir, et sous les apparences d’une torpeur qui déroute les non-initiés, il fournit, en ces divers postes, une somme de travail considérable. - Un missionnaire en chaise longue... C’est que, sous cette torpeur apparente, se cachaient en lui un grand esprit de réflexion, un véritable amour de l’étude, une piété profonde, un zèle ardent. Parfois on trouvait M. Marmand étendu sur une chaise longue, la pie à la bouche, les pieds posés sur une caisse, sur une rampe ou sur n’importe quel meuble, mais toujours plus élevés que le buste. Cette position lui était ordinairement imposée par la maladie. Il était, en effet, affligé d’obésité, qui, en lui, n’était rien moins qu’un excès de santé. Il souffrit de cette infirmité dès les premiers temps de son séjour au Japon, c’est-à-dire près de 25 ans. Les personnes mal informées étaient tentées de se dire qu’il se la coulait douce. Ceux qui le connaissaient, quand ils le voyaient ainsi les jambes en l’air, se disaient : "Tienx ! Le Père Marmand prépare encore quelque chose !" Et ils ne se trompaient pas : car il s’adonnait souvent, en cette position, à des réflexions sérieuses, prenait une décision relative à une affaire épineuse, élaborait un plan de campagne pour amener plus facilement au bercail ceux des descendants d’anciens chrétiens non encore ralliés, trouvait la solution de quelques difficultés de construction, ou certains procédés pour faire verser à ses chrétiens, sans les écraser, un peu plus d’argent pour la construction et l’entretien de ses églises. Le Père aimait les lectures sérieuses : théologie, sciences et techniques. Ses fonctions d’ingénieur, d’architecte, d’entrepreneur, nécessitaient, d’ailleurs, une multitude de connaissances. L’"exemple des saints le stimulait. Il laissait échapper de grosses larmes, en lisant, dans les articles nécrologiques du Compte Rendu annuel des Missions, l’héroïsme de ses confrères. Il s’écriait alors : "Voilà ce qu’est le missionnaire !" - Le Bon Pasteur connaît ses brebis : Qu’il est deux ou trois mille chrétiens à diriger, il ne tardait pas à les connaître tous, et par leurs noms, et par leurs qualités, et par leurs défauts. Quand il est rencontre dans les chemins, il leur dit toujours un mot, tant pour s’intéresser au travail manuel qu’il les voit exécuter que pour leur rappeler un devoir à remplir. Il s’oppose de toutes ses forces au continuel exode des populations rurales vers les villes, qui règne au Japon aussi bien qu’en France. S’il ne peut l’empêcher complètement, il correspondra avec ses émigrés, partout où ils iront, pour les mettre en rapport avec le missionnaire le plus proche, et, surtout, pour les faire rentrer dans leurs foyers au plus tôt. Pour que la classe dirigeante de son district - catéchistes, communautés religieuses, conseillers de fabrique, maire, adjoint, etc - ait tout ce qu’il faut pour pouvoir prêcher d’exemple, il fait donner tous les ans par un prédicateur extraordinaire une retraite solennelle. On ne saurait dire tout le bien que ces pieux exercices, suivis avec une ferveur remarquable, réalisèrent dans l’âme de ses chrétiens. - Le constructeur d’églises : Il en voulait partout où les chrétiens se réunissaient pour assister à la messe et recevoir les sacrements, estimant que, si n’importe quelle masure peut suffire à un prêtre et aux fidèles pour les mettre à l’abri du vent et de la pluie, il ne convenait nullement de condamner Notre Seigneur à un Bethléem perpétuel. Il les voulait belles, pures de style, bien ornées. Il visait aussi à la solidité. Pour celles qu’il construisit aux iles Goto, il employa le bois, n’ayant pas d’autres matériaux. A Magome, dans les Iles de l’Entrée, il fit un essai hardi, consistant à couler des murs en béton. Cette église, solide comme un roc, se dresse dans ces îles comme un perpétuel hommage à la gloire de Dieu. Il ne put réaliser qu’à Kuroshima son rêve de construire des églises en briques. Une fois ces églises construites, il les entretenait avec soin. - Mission aux Iles Gotto (1878-1888) : Dans ce district, il sut mener de front l’administration exacte de ses trois mille chrétiens et la construction de dix églises. Comme il est resté à peine dix ans aux Gotto, cela fait, en moyenne, une église par an. Les soucis de ces constructions, si on les ajoute à ses occupations de pasteur, lui donnaient un immense travail pendant toute cette période - Mission aux Ils de l’Entrée (1888-1892) : Fin automne 1888, Mgr Cousin le rappela des Gotto et lui confia le district des Iles de l’Entrée, ainsi appelées parce qu’elles font face à l’entrée de la rade de Nagasazi. C’est dans ces îles, à Magome, qu’il édifia la splendide église en béton. - En territoire païen à Oshima (1892-1896) : Ce chef-d’oeuvre achevé, il s’apprêtait à s’occuper uniquement, en toute tranquilité, de l’administration des sept paroisses du district lorsque, en 1892, il reçut la visite d’un missionnaire, le Père Ferrié, venu lui demander de quitter ces îles pour aller avec lui à Oshima, un autre archipel perdu entre le Japon et les Ryu-Kyu. Depuis plus de 18 mois, M. Ferrié avait été appelé dans ces îles encore toutes païennes. Malgré le sacrifice de quitter ses chrétiens il se mit aussitôt et entièrement, du consentement de son Evêque, à la disposition de M. Ferrié. Dans ces îles lointaines, il construisit encore une église, et M. Ferrié, aidé de ses conseils et de ses travaux, réussit magnifiquement à se tirer d’affaire : les baptêmes furent nombreux ; plusieurs centre chrétiens furent fondés. - Curé bâtisseur à Kuroshima (1896-1902) : En 1896, il doit faire un stage au Sanatorium de Hong-Kong. Il s’y rendit et, après quelques mois de repos, il revint sinon guéri, du moins suffisamment rétabli, à son avis, pour recommencer à travailler, et et heureux d’accepter Kuroshima, le poste que Mgr Cousin lui avait précédemment offert. C’est le 19 mars 1897, jour de la fête de Saint Joseph, son patron, qu’il célébra sa première messe dans cette île qui devait être le dernier théâtre des exploits de sa vie apostolique. Il constata, dès son arrivée, la nécessité de remplacer l’ancienne bâtisse qui servait d’église, et qui était beaucoup trop étroite, par une église véritable et solide. M. Marmand se fit quêteur. Ses chrétiens furent généreux, et assez rapidement, grâce à de fructueuses prises de sardines, fut amassée la somme nécessaire. Il se mit aussitôt à l’oeuvre, et le 22 juin 1900, Mgr Cousin bénissait la première pierre de l’édifice. A partir de ce jour, se déchargeant pour le spirituel de la paroisse sur le zèle de M. Breton, qu’on lui avait donné comme vicaire, il ne quitta plus le chantier, surveillant les fours à briques et dirigeant tous les travaux, jusque dans les plus petits détails, quelque temps qu’il fit, été comme hiver. Mais lorsque Mgr Cousin vint procéder à la bénédiction solennelle de l’église, le 7 juillet 1902, M. Marmand était épuisé. L’ouvrage n’était pas encore terminé ; il restait à faire les voûtes, les trois nefs et les autels. En caisse, il n’y avait plus un sou ; d’autre part, l’architecte était absolument à bout de forces, si bien à bout, cette fois, qu’il demanda lui-même d’aller se rétablir au pays natal. Evêque et missionnaires, dont l’assentiment était requis, furent unanimement de son avis, et il partit pour la France. - Séjour en France (1902-1903) : Au pays, il eut la consolation de s’agenouiller sur les tombes de ses proches, et la joie de revoir encore bon nombre des siens, entre autres son cousin Hector Sevin, alors vicaire général de Belley, que le Pape Pie X devait bientôt nommer à l’évêché de Châlons. Au milieu de ces joies, et tout en reprenant peu à peu quelques forces, il n’oubliait pas les voûtes inachevées, les autels qui ne se dressaient pas encore dans sa chère église du Sacré Coeur de Kuroshima. Souvent son imagination traçait les cintres de ces voûtes et combinait de magnifiques modèles pour le maître-autel, qu’il rêvait de première beauté. Après un an de repos et quelques pieux pèlerinages à Ars, Fourvière, Montmartre, Lourdes, la nostalgie du Japon se fit sentir si fort qu’il se hâta de reprendre le chemin de sa Mission. Il rentrait à Kuroshima en novembre 1903. - Les derniers travaux : Il y apportait les fonds nécessaires à la construction des autels, dont il voulait seul se charger. Quant aux voûtes, il fut impossible d’y songer de suite, la bourse des chrétiens se trouvant lourdement grevée par les frais de construction d’une école communale. Il fallut patienter et amasser de nouveau, sou par sou. Il put enfin rappeler les ouvriers pour lancer les derniers travaux. Il mit en place la magnifique statue du Sacré-Coeur, don du Père Delpech, et il découpa encore, artistement, un lustre, des candélabres et tout un mobilier d’église. Après cela, il fut content. - Le coopérateur souffrant : Au retour de sa retraite annuelle, en septembre 1910, commença pour lui un véritable martyre, qui devait durer près de deux ans. La première année, il se traîna encore tant qu’il put, malgré la plaie effrayante qui s’était formée à la jambe gauche. Fin avril, il put encore, en compagnie de son vénéré compatriote et ainsi, Mgr Catron, évêque d’Osaka, venu pour le visiter à Kuroshima, se rendre à Nagasaki et y assister au sacre de Mgr Bonne. Les grandes chaleurs de l’été suivant l’abattirent. A l’automne, il sentit un mieux sensible et il fit le voyage de Nagasaki, où le médecin le trouva trop faible pour le laisser partir. Il resta trois semaines à l’hôpital Saint Bernard. Il ne lui en fallut pas davantage pour le faire rentrer au plus tôt à Kuroshima, fin novembre. Il ne devait plus en sortir. A partir du commencement de 1912, la jambe droite imita la gauche, et bientôt toutes les deux ne furent plus qu’une plaie, ne lui laissant aucun moment de repos. Malgré ses souffrances, jusqu’à la fin, il fut le bon pasteur, veillant sur son troupeau, s’occupant de tout et de tous, mais plus spécialement des âmes appelées à une vie plus parfaite dans la communauté des Amantes de la Croix, de celles qui donnaient des marques de vocation pour l’une ou l’autre des congrégations religieuses d’hommes et de femmes établies au Japon, et aussi des pauvres brebis égarées, où qu’elles fussent. - Le dernier combat de l’apôtre : En l’année 1912, il fit sa dernière apparition à l’église le 9 juin, au Salut qui clôturait la cérémonie de la première Communion. Il voulut, malgré son état, recevoir lui-même les enfants dans la Confrérie du Carmel et leur imposer le scapulaire. Trois semaines après, le 30 juin, il célébra encore la sainte messe dans sa chambre, pofitant de la permission qu’il avait obtenue de l’Evêque. Ce fut sa dernière messe. A partir de ce jour, il fut consolé et réconforté fidèlement par la sainte Communion. Malgré les soins empressés et les prévenances de tous, sa santé s’altérait de plus en plus. Le dimanche 18 août, il recevait avec piété les derniers sacrements. Il reçut encore, le 20 août, le Viatique. Des alternatives de haut et de bas se succédaient. Souvent, quand il se sentait mieux, il disait au Divin Maître : "O mon DIeu, ne voulez-vous donc pas de mon sacrifice ? Pourquoi ne l’acceptez-vous pas ?" - "Allons ! mon Père, lui disais-je alors ; le bon Dieu sait que de tout votre coeur vous vous offrez à Lui ; mais dites-Lui bien que vous voulez rester sur la croix tant qu’il Lui plaira" - "Oh ! oui, oh ! oui, non mea voluntas, sed tua fiat !"- "Alors, confiance ! La sainte Vierge est là, comme elle était au pied de la Croix près de son Fils mourant" - "Oui, me répondait-il ; elle est près de moi... toujours... car je suis son enfant". L’après-midi du même jour, il eut la douce consolation de recevoir la visite de son nouvel évêque élui, Mgr Combaz, dont le premier acte officiel fut d’accourir au chevet de ce vétéran qui se mourait. Plusieurs Confrères s’étaient empressés de venir aussi. Il les reconnut tous très bien ; il fut très touché de ces marques de sympathie. Dans la nuit du jeudi au vendredi, la respiration devenant très pénible. Le Père qui, depuis le jeudi matin, ne prenait absolument rien, répondait encore de temps en temps : "Oh ! oui", aux invocations que nous lui suggérions. Bientôt il ne put plus se faire entendre. Toutefois, il inclinait l’oreille vers mes lèvres, ce qui nous prouvait que le bon Dieu lui accordait la connaissance jusqu’à la fin. Vers midi, la respiration devint râlante : l’agonie commençait. Nous récitâmes de nouveau les prières des aginisants. Les chrétiens s’empressent d’accourir en foule serrée près du lit du mourant et à l’église pour réciter le chapelet. On dit et on redit, à l’intention de "l’Enfant de Marie" "Priez pour moi... à l’heure de ma mort". Et c’est ainsi, aidé des ferventes prières de ses paroissiens et de ses confrères, que le cher Père Marmand rendit paisiblement son âme à Dieu, le vendredi 23 août, peu après 17 heures, aux premières vêpres de saint Barthélémy, apôtre. - Testament spirituel : Les funérailles eurent lieu le dimanche 25 août, après la messe solennelle de la fête du Coeur immaculé de la sainte Vierge, fête patronale de tout le Japon. Malgré la solennité qui retenait chez eux les confrères et les difficultés d’aborder à notre île, nous nous trouvions cinq missionnaires pour ses funérailles. On a trouvé ce petit mot dans le bureau du Père Marmand, une trophe du "Stabat Mater" écrite de sa main. "Quando corpus morietur, Fac ut animor donetur, Paradisi gloria..." "Et quand mon corps mourra, fais qu’à mon âme soit donnée, la gloire du Paradis". On lit aussi ces paroles dans son testament spirituel : "Je recommande mon âme aux prières de tous. Je demande pardon à tous ceux que j’aurais pu offenser en paroles et actes. Fait sous les auspices de Marie Immaculée et de saint Joseph, patron de la bonne mort".

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