« Il est là ! Il est là ! ».

On aime imaginer le Saint Curé devant le Saint-Sacrement. On se rappelle aussi cette intervention durant une homélie où, les yeux baignés de larmes, il s’écrit « Il est là » en montrant le Seigneur présent dans le tabernacle. « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ! ». « Que fait Notre Seigneur dans le Saint Tabernacle ? Il nous attend » remarquait le Curé d’Ars. Il parlait du Seigneur lui-même, du “Bon Dieu” comme il disait, présent au cœur de son église. Il nous attend, chacun personnellement… S’Il nous attend, c’est qu’Il a l’initiative, qu’Il nous guette, un peu comme le Père de l’enfant prodigue guette le retour de son fils du plus loin qu’il peut. Sa présence au milieu de nous, est peut-être la plus belle et formidable nouvelle à annoncer…
« Il nous attend ». Le Curé d’Ars est bien conscient qu’il s’agit d’une véritable rencontre. Si, dans les premières années de son ministère à Ars, il passe de longues heures à genoux devant le tabernacle de son église, ça n’est pas pour avoir le Seigneur “à l’usure” ou pour le prier dans un face à face “froid” et distant. C’est parce qu’il a compris qu’il s’agit d’une rencontre extraordinaire entre Dieu et l’homme, entre Jésus-Christ et lui personnellement. Une rencontre qui s’exprime en une véritable amitié avec Dieu, une amitié qui sous-entend une réciprocité toujours plus grande ; chacun se donne, guette l’autre et accueille son amour… Alors, non seulement cela est toujours nouveau, mais cela me fait grandir et permet de donner le meilleur de moi-même,… cela me comble de joie.
Cette amitié n’est pas conditionnée par une perfection préalable qui serait nécessaire à la rencontre avec Dieu ; au contraire c’est cette rencontre, ce “contact” avec le Dieu Saint qui débouche sur la sainteté. Me voici pécheur, blessé, vulnérable et pauvre devant le Seigneur qui vient me guérir, me consoler et me sanctifier. Ma pauvreté me permet alors d’accueillir l’autre, d’avoir besoin de lui, surtout s’il s’agit de Dieu. On est bien dans une relation d’amour qui fait grandir.
Une présence qui entraîne une rencontre ; une rencontre qui débouche sur une amitié… Toute la joie et la consolation du Curé d’Ars se trouvent là. « Ô mon Dieu, que c’est dommage que nous ne soyons pas pénétrés de votre sainte présence !… » s’exclamait le saint Curé. Il n’eut qu’un désir en tant que pasteur, permettre à chacun de goûter à la joie de connaître et d’aimer Jésus-Christ. C’est bien la présence de Dieu qui le comblait, c’est cette même présence qui devint vite la clé de toute sa pastorale. « Il nous attend ». Oui, puissions-nous répondre de tout notre cœur à cette attente de Jésus ! C’est sa miséricorde qui se manifeste ainsi. « Ah, si vous saviez combien Dieu vous aime ! » répétait en pleurant Jean-Marie Vianney… « C’est Lui, Il est au milieu de nous ! » Il y entraînait toute sa paroisse ou, comme pasteur, il la représentait, là à genoux sur les deux marches du chœur, à quelques pas du grand tabernacle doré qu’il avait fait installer.

Père Jean-Philippe NAULT, recteur du Sanctuaire.